Pascal Colrat expose à la galerie Talmart le troisième volet de son triptyque aveyronnais, plongée dans un passé familial de mensonges, de viols et de meurtres : La Soupe des renards. Le photo-graphiste auquel on doit entre autres, régulièrement, les affiches du théâtre du Tarmac de La Villette, joue ici sur le tableau de l'intime le plus personnel, du personnel le plus sensible, ce qui contraste avec son goût des armes froides, des constructions somptueuses à force d'être élaborées qu'on lui connaît. Le résultat démontre néanmoins la parfaite cohérence plastique de toute sa production.
La Soupe des renards est, techniquement, exempte de truquage numérique. Chaque photo a demandé le déploiement d'une énergie particulière de fabrication dont Pascal Colrat est fier. L'arbre mort jailli d'une route a été transporté à grands frais de treuil, de camion, de personnel attentif. Ainsi d'un dindon, d'un quartier de chêne, d'une voiture accidentée, d'un avion échoué, d'une caravane incendiée. Le photographe ne triche pas : il prévoit, il organise, avec ce que l'organisation la mieux préparée réserve aussi de surprises : tel lever de lune, tel coup de vent, tel degrés de lumière. Ce travail fait une différence immédiatement visible avec toute espèce de trafic des images issu, par exemple, de Photoshop. Quand cette rigueur est au-delà de ses forces, Pascal Colrat abandonne.
Ainsi s'est achevée La Soupe des renards, suite à Du bois dont on se chauffe (Passage de Retz 2005) et à Une affaire de famille (La Blanchisserie, Boulogne, 2006). Elle explore les mêmes thèmes, on y retrouve les mêmes personnages que dans les deux premiers volets. Etant la dernière des trois, non seulement la dernière en date mais la dernières en fait (aucune photo nouvelle, de ce type, désormais), elle pousse l'enquête familiale jusqu'à ses limites les moins fréquentables. |